Puce et Globule : 10 trucs que j’ai appris sur l’écriture jeunesse – 1ère partie

Coucou les gnous !

Parmi vous, il y en a plein qui sont déjà au courant de ce que j’ai fait le mois dernier (à savoir : bosser comme une guedin pour la réécriture de P&G, mon roman jeunesse, que je devais adapter à un public légèrement plus âgé).
C’était une chouette expérience (qui ne fait que commencer 🙂 ) et qui m’a permis de confirmer 10 petits trucs sur l’écriture jeunesse. 10 trucs que je savais déjà, mais en apprentissage, quand on répète, on retient et on intègre de mieux en mieux. Je profite donc du blog pour les noter noir sur blanc (on sait jamais, ça pourra peut-être servir à d’autres que moi !)

Pour ce billet, voici les 5 premiers trucs que j’ai retenus :

  • 1. Pour écrire de la jeunesse, il faut en lire !

Bon ok, c’est pas vraiment un « truc », ça. Ça vaut pour toute littérature, et la littérature jeunesse est une littérature avec ses spécificités, de part ses publics très diversifiés en âge. On ne raconte pas une histoire de la même façon quand le lecteur a 3, 7 ou 10 ans. Et le mieux pour comprendre où se trouvent les différences, c’est de lire ce qui existe déjà pour la tranche d’âge que vous visez.

  • 2. L’ambiguïté est plutôt à proscrire

Les enfants ont du mal avec l’ambiguïté. Peut-être que ça vient du fait qu’ils sont habitués à ce qu’on leur présente des personnages blancs ou noirs plutôt que gris dans les contes, mais je crois aussi que l’ambiguïté morale est un concept difficile à appréhender chez les plus jeunes. Un personnage qui agit « mal » pour le « bien de tous », ou le contraire, les perturbera beaucoup plus qu’un loup très effrayant mais présenté comme tel dès le début de l’histoire. À mon avis, il vaut donc mieux éviter (surtout avec les petits) les personnages de traîtres qui passent leur temps à retourner leur veste (surtout sans raison explicite).
Par contre, rien n’empêche de détourner des archétypes déjà bien établis (cf. un certain grand méchant loup) et connus : tant que c’est fait de manière claire et sans ambiguïté, tout est possible !

Un excellent exemple de détournement…

  • 3. Raconter une histoire, ok, mais c’est encore mieux si ça fait rire !

Tout le monde aime se payer une bonne tranche de rigolade. Pour les enfants, c’est une merveilleuse façon de prendre goût à la lecture. L’humour, les blagues, ça a un petit goût de « reviens-y ». Ça instaure aussi une certaine connivence entre les personnages et le lecteur, qui rigole avec eux. Donc, si vous arrivez à glisser des moments dans votre récit qui vont susciter le rire, c’est que du bonus ! Là aussi, lire des livres jeunesse (ou écouter les enfants autour de vous) peut franchement vous aider… Selon l’âge, on ne privilégiera sans doute pas le même humour.

  • 4. Un découpage clair, net et précis

Plus les enfants sont jeunes, plus ils ont du mal avec les grands volumes (de mots, de phrases, de paragraphes). Du coup, au niveau des volumes de texte, les éditeurs (et les auteurs) s’adaptent. Parce que le truc, c’est d’encourager à lire, et les plus jeunes lecteurs peuvent s’effrayer d’un gros pavé (tandis que les adolescents peuvent en redemander !). Pour ce que j’en sais, c’est en moyenne de 50-60 000 signes pour des enfants de 7-8 ans (cycle 2), contre du 150 000 signes (trois fois plus, donc) pour du 10 ans.
Idem avec les idées qu’on veut faire passer, il me semble : plus le lecteur est jeune, moins il est habitué aux associations d’idées au sein d’une même phrase ou d’un même paragraphe. On va donc s’attacher à être clair et net dans le découpage du texte. Une idée pour une phrase, ou une idée pour un paragraphe, ou une page, selon l’âge de l’enfant. Et il est conseillé que le découpage « graphique » suive ce mouvement : à chaque changement d’idée, on va à la ligne, ou on tourne la page.

  • 5. De belles images sans un vocabulaire alambiqué…

Ce truc rejoint un peu celui d’avant, à savoir que des phrases complexes, chargées en métaphores, en comparaison et en figures de style, risquent d’épouvanter le petit lecteur. Attention, je ne dis pas qu’il faut bannir les figures de style, pas du tout. Mais tout est une question de choix et de proportions. Vous allez probablement éviter le sarcasme, à moins de le souligner avec de gros sabots. Et vous ne mettrez pas un paragraphe entier de description bardée de comparaisons imbriquées.
L’écriture, c’est un artisanat qui demande de s’adapter un minimum à son public, ne serait-ce que pour lui procurer du plaisir (tout en lui apprenant quelques trucs — je vous assure : on apprend beaucoup mieux quand on aime ce que l’on fait). Donc ça passe par adapter le vocabulaire et le style à l’âge du lecteur cible. Dans mon cas, je voulais introduire du vocabulaire précis (lié au corps humain et au système immunitaire), alors j’ai essayé de définir chaque terme du mieux possible (par le contexte, par une définition directe), en répétant s’il le faut (la répétition = la base en pédagogie), et en prenant soin que le vocabulaire soit moins tarabiscoté pour bien mettre en valeur les termes pointus.
Lorsque j’ai effectué le travail d’adaptation de mon texte, j’ai ressenti que c’était un peu moins difficile dans ce sens-là (je rappelle que je suis passée d’un lectorat de 7-8 ans à celui de 9-10 ans), simplement parce que je devais m’imposer moins de contraintes sur les phrases, les images et le vocabulaire (forcément : les lecteurs étant plus grands…)
Je n’ose pas imaginer les ressources que doit requérir l’écriture d’un album !!!

C’est tout pour aujourd’hui, mais je reviens vite pour la suite 🙂
N’hésitez pas à partager dans les commentaires vos trucs à vous pour l’écriture jeunesse !

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Puce & Globule : les spécificités de l’écriture jeunesse

Cette année, je me suis consacrée aux corrections d’un roman jeunesse (Puce & Globule, une histoire de système immunitaire façon fantasy 🙂 ) J’ai eu la chance d’avoir de nombreux retours de bêta-lecteurs à la fois enfants et adultes (Merci encore ❤ ). J’en attend d’autres, histoire de peaufiner le texte avant d’envoyer aux éditeurs.
Avec P&G, c’est la première fois que je me frotte à l’écriture jeunesse ; si on réfléchit aux mêmes éléments en terme de construction et d’intrigue que pour n’importe quel autre roman, force est de constater que le travail sur le style en jeunesse est un tantinet différent.


D’abord, si vous voulez écrire un roman pour du très jeune (7-8 ans) comme moi, tout en visant une certaine autonomie de lecture, il va falloir réfléchir à la découpe des phrases et du texte.
Le respect de la ponctuation et des mots de liaison (et, ou, mais…) m’a paru beaucoup plus important ici que pour n’importe quel autre texte : il s’agit de donner des repères clairs au lecteur qui débute, pour ne pas que la forme du récit ne le bloque. Des phrases courtes semblent préférables, même si on peut rencontrer des exceptions (par exemple, dans le cas d’une énumération avec des éléments faciles à identifier). Côté paragraphes et chapitrage, même combat : on m’a souvent répété qu’en jeunesse, il ne fallait pas hésiter à (dé)couper, pour donner l’occasion au petit lecteur de faire une pause, de respirer avant de continuer la lecture. Ceci étant dit, les retours des petits bêta-lecteurs m’ont rappelé combien les transitions (vous savez, ces paragraphes qui se trouvent en fin de chapitre et en début de chapitre suivant) sont à réfléchir pour éviter une coupure trop franche, trop brusque.

Ensuite, niveau style, j’ai tâché de garder à l’esprit que les enfants ont souvent besoin de moins d’éléments que les adultes pour imaginer tout un monde. Les descriptions ou une exposition sur plusieurs pages, on oublie donc, ça ne passe pas avec eux 🙂 Deux ou trois détails suffisent pour qu’ils se forgent une image forte d’un personnage ou d’un lieu, ce qui oblige à rester dans l’action et à faire la part belle aux dialogues.
Les romans jeunesse (en tout cas, ce qui est attendu pour les 7-8 ans) sont souvent très courts (40000 – 80000 signes), ce qui contraint d’autant plus à éviter les digressions et à se débarrasser de tous les moments un peu « plan-plan » du récit.
Cependant, les enfants nous poussent à rendre l’action ou les pensées des personnages plus explicites, et ça, ça nécessite quelquefois de « dire » plusieurs fois les choses plutôt que de simplement les « montrer ». J’appuie là-dessus parce qu’on nous répète souvent l’adage « show don’t tell » (montrer, ne pas dire) en écriture et que j’ai vraiment eu l’impression, en tout cas pour la jeunesse, que le « dire » était mieux accepté (voire qu’il était attendu). Les retours des petits bêta-lecteurs m’ont permis de véritablement constater ça, car il semble que je ne rappelle pas assez où se déroule l’action (le fait qu’une partie du roman se passe « à l’intérieur » du corps humain n’est pas assez explicite pour eux, tandis que les adultes ne relèvent pas le problème). Trop d’implicite en jeunesse lèse donc la compréhension, et si le petit lecteur ne voit pas où l’auteur veut en venir, eh bien il est comme tout le monde : il sera tenté d’abandonner le livre ou bien passera à côté d’une partie du message.

En effet, pour ce qui est de Puce & Globule, j’avais une autre problématique : celle du pédagogique. En matière de fiction, ce qui compte d’abord pour moi est le fait que le lecteur (peu importe son âge) prenne du plaisir ou ressente des émotions ; mais ici, je voulais aussi (par le biais de l’univers où évoluent les petits héros, par le vocabulaire bien spécifique) faire passer des informations sur : « Comment le corps se défend-t-il contre les microbes ? », « Quelles sont les différentes cellules immunitaires ? » ou bien « Qu’est-ce que la vaccination ? ». J’ai donc essayé de réserver le vocabulaire complexe aux termes de biologie, nécessaires à l’intrigue et à mes personnages. Mais avec les retours reçus, je ne sais pas si c’était la bonne méthode à suivre, ou bien même s’il y en a une : la diversité des niveaux de lecture fait que certains n’y prêteront pas attention, et d’autres s’arrêteront devant la difficulté. Deux de mes petits BL (7 et 9 ans) n’ont pas rencontré d’obstacles, mais je sais que ce sont à la base de gros lecteurs. Qu’en serait-il pour des enfants moins à l’aise avec la lecture ?

En conclusion, écrire un roman pour la jeunesse demande quelques ajustements. Je pense qu’on peut véritablement parler de tout, mais que la forme doit être adaptée histoire de ne pas décourager. L’idéal à mon avis, si vous en avez la possibilité, est de faire appel à des petits bêta-lecteurs : après tout en jeunesse, ce seront eux qui incarneront le mieux votre public cible 🙂

Et pour celles et ceux qui écrivent aussi de la jeunesse, est-ce que vous partagez le même ressenti ? Qu’est-ce que vous retenez de votre expérience d’écriture ?