Puce & Globule : les spécificités de l’écriture jeunesse

Cette année, je me suis consacrée aux corrections d’un roman jeunesse (Puce & Globule, une histoire de système immunitaire façon fantasy 🙂 ) J’ai eu la chance d’avoir de nombreux retours de bêta-lecteurs à la fois enfants et adultes (Merci encore ❤ ). J’en attend d’autres, histoire de peaufiner le texte avant d’envoyer aux éditeurs.
Avec P&G, c’est la première fois que je me frotte à l’écriture jeunesse ; si on réfléchit aux mêmes éléments en terme de construction et d’intrigue que pour n’importe quel autre roman, force est de constater que le travail sur le style en jeunesse est un tantinet différent.


D’abord, si vous voulez écrire un roman pour du très jeune (7-8 ans) comme moi, tout en visant une certaine autonomie de lecture, il va falloir réfléchir à la découpe des phrases et du texte.
Le respect de la ponctuation et des mots de liaison (et, ou, mais…) m’a paru beaucoup plus important ici que pour n’importe quel autre texte : il s’agit de donner des repères clairs au lecteur qui débute, pour ne pas que la forme du récit ne le bloque. Des phrases courtes semblent préférables, même si on peut rencontrer des exceptions (par exemple, dans le cas d’une énumération avec des éléments faciles à identifier). Côté paragraphes et chapitrage, même combat : on m’a souvent répété qu’en jeunesse, il ne fallait pas hésiter à (dé)couper, pour donner l’occasion au petit lecteur de faire une pause, de respirer avant de continuer la lecture. Ceci étant dit, les retours des petits bêta-lecteurs m’ont rappelé combien les transitions (vous savez, ces paragraphes qui se trouvent en fin de chapitre et en début de chapitre suivant) sont à réfléchir pour éviter une coupure trop franche, trop brusque.

Ensuite, niveau style, j’ai tâché de garder à l’esprit que les enfants ont souvent besoin de moins d’éléments que les adultes pour imaginer tout un monde. Les descriptions ou une exposition sur plusieurs pages, on oublie donc, ça ne passe pas avec eux 🙂 Deux ou trois détails suffisent pour qu’ils se forgent une image forte d’un personnage ou d’un lieu, ce qui oblige à rester dans l’action et à faire la part belle aux dialogues.
Les romans jeunesse (en tout cas, ce qui est attendu pour les 7-8 ans) sont souvent très courts (40000 – 80000 signes), ce qui contraint d’autant plus à éviter les digressions et à se débarrasser de tous les moments un peu « plan-plan » du récit.
Cependant, les enfants nous poussent à rendre l’action ou les pensées des personnages plus explicites, et ça, ça nécessite quelquefois de « dire » plusieurs fois les choses plutôt que de simplement les « montrer ». J’appuie là-dessus parce qu’on nous répète souvent l’adage « show don’t tell » (montrer, ne pas dire) en écriture et que j’ai vraiment eu l’impression, en tout cas pour la jeunesse, que le « dire » était mieux accepté (voire qu’il était attendu). Les retours des petits bêta-lecteurs m’ont permis de véritablement constater ça, car il semble que je ne rappelle pas assez où se déroule l’action (le fait qu’une partie du roman se passe « à l’intérieur » du corps humain n’est pas assez explicite pour eux, tandis que les adultes ne relèvent pas le problème). Trop d’implicite en jeunesse lèse donc la compréhension, et si le petit lecteur ne voit pas où l’auteur veut en venir, eh bien il est comme tout le monde : il sera tenté d’abandonner le livre ou bien passera à côté d’une partie du message.

En effet, pour ce qui est de Puce & Globule, j’avais une autre problématique : celle du pédagogique. En matière de fiction, ce qui compte d’abord pour moi est le fait que le lecteur (peu importe son âge) prenne du plaisir ou ressente des émotions ; mais ici, je voulais aussi (par le biais de l’univers où évoluent les petits héros, par le vocabulaire bien spécifique) faire passer des informations sur : « Comment le corps se défend-t-il contre les microbes ? », « Quelles sont les différentes cellules immunitaires ? » ou bien « Qu’est-ce que la vaccination ? ». J’ai donc essayé de réserver le vocabulaire complexe aux termes de biologie, nécessaires à l’intrigue et à mes personnages. Mais avec les retours reçus, je ne sais pas si c’était la bonne méthode à suivre, ou bien même s’il y en a une : la diversité des niveaux de lecture fait que certains n’y prêteront pas attention, et d’autres s’arrêteront devant la difficulté. Deux de mes petits BL (7 et 9 ans) n’ont pas rencontré d’obstacles, mais je sais que ce sont à la base de gros lecteurs. Qu’en serait-il pour des enfants moins à l’aise avec la lecture ?

En conclusion, écrire un roman pour la jeunesse demande quelques ajustements. Je pense qu’on peut véritablement parler de tout, mais que la forme doit être adaptée histoire de ne pas décourager. L’idéal à mon avis, si vous en avez la possibilité, est de faire appel à des petits bêta-lecteurs : après tout en jeunesse, ce seront eux qui incarneront le mieux votre public cible 🙂

Et pour celles et ceux qui écrivent aussi de la jeunesse, est-ce que vous partagez le même ressenti ? Qu’est-ce que vous retenez de votre expérience d’écriture ?

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Puce & Globule, V3 : check !

+22000 signes sur un roman jeunesse qui en faisait 70000 à l’origine… C’est ce qu’on appelle une prise de poids, donc. Plein de bises à mes relecteurs/trices de la V2, vos retours m’ont été très précieux, comme toujours 🙂

pgV3

Pas certaine que ça soit encore bien raisonnable pour des lecteurs de 7-8 ans… ? Après les dernières relectures, l’objectif pour la V4 sera probablement un régime 😀

En tout cas, la prospection éditoriale se rapproche à grands pas pour mes petits héros 🙂