Réforme du statut des artistes-auteurs : Comment se tenir au courant ?

Je suis documentaliste de formation.
Du coup, quand il s’agit de creuser et d’extraire de l’info fiable du bruit incroyable que produit le web, c’est plutôt dans mes cordes 🙂
Ces derniers mois, on a assisté à pas mal de remous et de prises de paroles (surtout à l’écrit) concernant la réforme du statut des artistes-auteurs. Et c’est pas toujours facile de s’y retrouver entre les différents arguments avancés, les témoignages, les rumeurs et inquiétudes diverses, les manœuvres de communication de tout bord (tantôt qui apaisent le climat social, tantôt qui mettent le feu aux poudres)… Alors, pour celles et ceux que ça intéresse, je me suis dit que j’allais regrouper dans un billet rapide les liens utiles, des sources primaires ou secondaires avec de la donnée factuelle, histoire de suivre efficacement la progression des concertations en cours et futures sur cette fameuse réforme.

À consulter : le calendrier des concertations posté par madame la Ministre pour les mois à venir (Françoise Nyssen qui continuera à piloter cette concertation, malgré le fait que la régulation économique du secteur de l’édition lui ait été confisquée par décret) :

Le site dédié aux Etats généraux du livre (reconnaissable à son hashtag #auteursencolère) est à ne pas louper.
Développé par le Conseil permanent des écrivains (CPE), il reprend, dans une même page, les points de friction de la réforme et fait le bilan en rappelant les interrogations soulevées et où se sont pour l’instant arrêtées les discussions avec les interlocuteurs en charge du dossier.

A suivre de même pour leurs brèves et leurs actualités synthétiques :
– Le site de SNAC BD (le Syndicat national des auteurs et compositeurs)
– Le site de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. Ce site est par ailleurs une mine d’or en matière de juridique et de fiscalité pour les artistes-auteurs, n’hésitez pas à explorer l’ensemble de ses rubriques.
– Le site du CPE (Conseil permanent des écrivains)
– Le site de la SGDL (Société des gens de lettres – L’adhésion est à 50 € et les membres qui passent par Paris ont la possibilité, grâce à la SGDL, de consulter une estimation de leurs chiffres de vente à l’Hôtel de Massa – 14ème arrondissement – via un accès au Panelsculture Gfk mis à leur disposition).

Il peut être aussi pertinent de garder un œil sur d’autres sources, telles que :
– Les actualités du Ministère de la Culture
– Les actualités du SNE (Syndicat national de l’édition), et plus particulièrement les communiqués de presse, afin de prendre connaissance du positionnement des représentants de l’édition sur la question (il y a même une newsletter, si vous préférez recevoir tout ça sur votre mail).

Comme dit plus haut, je suis documentaliste de formation. J’ai deux métiers, celui lié à cette formation initiale et le second, celui de romancière. Et comme beaucoup, ce deuxième métier ne me nourrit pas le ventre. Il m’enrichit de plein d’autres manières, mais ce n’est pas lui qui me permet de conserver un toit au-dessus de ma tête.
Dans mon cas, ça me va très bien. C’est un choix conscient : je n’ai absolument pas envie de laisser tomber la documentation, qui m’enrichit de plein de façons aussi, intellectuellement, socialement, durablement…
Si je faisais un choix différent, si je voulais vivre de mon seul métier de romancière en France, ce serait difficile, ce serait risqué. Ce serait une galère au quotidien. Non, en réalité, ce serait impossible. La plupart des gens qui témoignent dans ce sens ne sont d’ailleurs jamais strictement romanciers. Ils survivent de l’écriture, certes, mais ils cumulent le plus souvent plusieurs boulots dans le milieu, plusieurs « casquettes » comme on dit. Ce qui les paie, c’est avant tout un travail de représentation (par les interventions scolaires, les conférences dans les médiathèques, etc.), de prête-voix ou d’édition (que ce soit via la traduction, la correction, la direction édito, le travail d’écrivain-fantôme, la novélisation sur commande de licences, etc.). Dans la France d’aujourd’hui, on n’est jamais à 100% écrivain. Et demain ? Je ne me fais pas d’illusion, l’impossible restera ce qu’il est : tenace. Mais pour l’avenir, j’aimerais croire que le nombre et la diversité de celles et ceux qui font les littératures dans notre beau pays ne se détériorera pas, simplement parce que plusieurs réformes sont en train d’oublier l’importance de la culture pour notre rayonnement à l’international. La culture est un pouvoir ; la négliger sera toujours un désastre, à petite et à grande échelles.

Un rapport de l’IGAS (inspection générale des affaires sociales) et de l’IGAC (la même, pour le culturel) avec des préconisations est attendu pour octobre prochain. Quelque chose me dit qu’il sera intéressant de décortiquer ce document quand il sortira. Gardons espoir et restons solidaires !

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Des corrections sans fin (ou presque)

Je manque cruellement d’idées pour ce blog, alors je les pique aux copines 😛 (merci Elodie). Ajoutez à cela que je viens de terminer une nouvelle phase de corrections sur un mastodonte d’un million de signes… Un billet sur le sujet me semble approprié.

Tous les auteurs sont différents et donc, ce qui va suivre ne vaut que pour moi. Peut-être certains d’entre vous s’y reconnaîtront, peut-être pas. L’important dans l’histoire, c’est  à mon avis d’apprendre à se connaître et ne pas aller à l’encontre d’un fonctionnement qui nous convient, même si celui-ci peut changer à chaque texte !!

Une histoire de pâte à modeler

Pour moi, une correction (que ce soit pour un texte court ou long) n’est jamais autant efficace qu’avec plusieurs passages consécutifs. Je m’en suis rendue compte plus facilement sur les romans que sur les nouvelles, mais au final, je sens bien que j’ai besoin de ces multiples passages sur n’importe quel texte pour être contente du résultat. Pour enfin pouvoir me dire « ok, là tu as une version satisfaisante, c’est à dire qui ne jure pas à tes oreilles et avec un peu de chance, ça ne jurera pas aux oreilles des lecteurs ».

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Quand on travaille sur un bloc de pâte à modeler, on va d’abord chercher la forme générale de ce qu’on souhaite obtenir. Et ensuite, on va affiner petit à petit, ôter de plus petits fragments, les replacer autre part. Ce genre de corrections va sans aucun doute introduire de nouveaux problèmes qui n’étaient pas là au départ, mais qu’à cela ne tienne : la pâte à modeler peut être de nouveau modifiée, la forme peut être de nouveau corrigée.
Pour mes textes, je travaille de la même façon qu’avec ce bloc à modeler. Je reste consciente des soucis que je peux introduire tout en réglant un premier problème. Les phases de relectures-corrections répétées me permettent à chaque fois de rééquilibrer, pour m’approcher du texte final.

Le temps qu’il faut

Avec les années, j’ai appris à le prendre, ce temps. Surtout entre les différentes phases de relecture-corrections dont je vous ai parlé juste avant. Déjà, rien que pour répondre à un appel à textes de nouvelles, j’ai vite ressenti le besoin d’écrire le texte plusieurs semaines / mois à l’avance, « juste » pour avoir un temps de pause entre le moment d’écriture et le moment de corrections. Ça a été encore plus flagrant lorsque je me suis attaquée aux romans. Trois ou quatre mois de « décantation » du texte et là, ses défauts (pas tous, loin s’en faut, mais disons ceux auxquels je suis le plus sensible en tant que lectrice et ceux que j’ai appris à traquer parce qu’ils font partie de mes défauts récurrents) me sautent littéralement aux yeux.
J’essaie donc de laisser du temps entre chaque phase de relecture-corrections.

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Pendant la correction proprement dite, c’est une autre histoire.
En sortant d’une nouvelle phase de travail sur FVJ (le fameux mastodonte de 1M de signes), une phase qui a duré plusieurs mois, je me suis rendue compte que je n’avais pas corrigé « exactement » de la même façon le début et la fin du texte. Comme si, de la même manière qu’à l’écriture du premier jet, le « ton » de mes corrections avait évolué. Ça peut être dû à plein de choses : un changement d’avis en cours de route sur tel ou tel élément à modifier, un oubli, une humeur différente au moment d’aborder le texte, etc. Quoi qu’il en soit, avec au moins 7 ou 8 mois d’écart entre le début et la fin du roman, j’ai constaté une différence.
Ce qui me fait dire qu’il est important pour moi, notamment pour les corrections finales, de relire vite, très vite. C’est une difficulté supplémentaire pour la tortue que je suis, mais ça me semble aujourd’hui indispensable.
Du coup, avant de refiler le texte à deux nouvelles relectrices, j’ai refait un passage express dessus. En 20 jours. Je sais d’emblée que ce ne seront pas les dernières corrections, le texte est tellement volumineux qu’il contient à mon avis encore pas mal de scories, mais la prochaine fois, je sais qu’il ne me faudra pas traîner plusieurs mois dessus.

Entre lectures, papiers et logiciels dédiés

Je me balade en permanence avec des calepins pour saisir les idées au vol (surtout que mes temps de transport sont chez moi très propices à leur apparition). Je lis des romans en lien avec mes corrections ou un point que je souhaite travailler en particulier, pour comprendre, continuer d’apprendre des autres. Je tiens un calendrier des jours de correction, pour la motivation. Et j’utilise la force d’outils dédiés : Antidote pour les retouches ; Scrivener pour la puissance de ses prises de notes (notes générales, notes par scènes) et la gestion du chapitrage.

scrivener

Capture d’écran de Scrivener (le chapitrage à gauche, les notes à droite)

Pour ce travail de correction, je ne m’interdis aucun outil, à condition qu’il m’aide vraiment. Quelquefois, on a l’impression que les outils dont on s’empare nous freinent et du coup, je pense qu’il est préférable de s’écouter ; c’est sans doute parce que ça ne colle pas avec son propre fonctionnement à l’instant T (cf. l’intro de ce billet), alors pourquoi s’acharner ? Peut-être que l’outil en question conviendra bien à un autre auteur, peut-être même que ça conviendra pour un prochain texte. Dans le doute, tester permet de s’en rendre compte assez vite. Il y a quelques années, j’ai laissé tomber µwriter parce qu’à ce moment-là, ça me bloquait. Pourtant aujourd’hui, j’utilise Scrivener tous les jours et je ne m’en lasse pas.

Mais y a-t-il vraiment une fin à tout ça ?

Eh bien, oui. Et heureusement !
Corriger est un long processus, ça demande une montagne d’efforts. Chez moi, le processus commence même pendant l’écriture du premier jet d’un texte, parce que je ne peux pas m’empêcher de relire une scène avant d’écrire la suivante (et du coup, j’en profite pour retoucher…), et il se termine quelques mois (années ?) plus tard. Il y a des textes qui demanderont vraiment plus de temps et d’investissements que d’autres à la correction, ce n’est jamais gravé dans le marbre, et c’est sans doute ce qui rend ce travail intéressant. Il reste encore de la surprise, même si ce n’est pas la même que pendant le 1er jet.
J’ai aussi la chance d’avoir fini par « accepter » le fait que corriger prend du temps. Au début, ce n’était pas du tout le cas et ça me causait pas mal de frustrations. Il y avait une forme d’impatience à vouloir obtenir un texte fini, une envie de « se contenter de ». Ça aussi, j’ai fini par m’en débarrasser.
Mais le tout est de ne pas tomber non plus dans l’excès inverse. Savoir s’arrêter de corriger et poser un point final à ce travail, parce qu’il y a d’autres histoires qui attendent de fleurir et que ce serait dommage de passer toute sa vie sur une seule. C’est quand même le luxe de l’écrivain que d’avoir plusieurs vies… Alors autant se faire confiance et apprendre à lâcher prise au « bon » moment pour chaque texte.

En fait, corriger c’est comme écrire on dirait : c’est un numéro d’équilibriste 😉